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« Vous me faites rire, avec votre méditation »

« Vous me faites rire avec votre méditation », telle fut la réponse d’un ami à mes précédentes graines de conscience ; il est si bon de rire, et pourtant je ne rirai pas de ce rire là. Ce rire ricane plus qu’il ne déborde de joie. C’est le rire convenu, politiquement correct, « la norme » de ceux qui savent « scientifiquement » que la guerre est la vraie nature de l’homme ; « c’est normal », depuis notre naissance on sait que « le plus fort gagne » et qu’on ne peut pas gagner sans donner des coups. « La guerre est l’habituel », rien de nouveau sous le soleil…

Méditer, c’est justement arrêter de se laisser entrainer par le courant de l’habituel, c’est créer du nouveau à partir de ce moment d’arrêt et de silence, découvrir en nous quelque chose de plus profond que la violence ; nous ne sommes pas destiné ou réduit à reproduire notre passé, notre cerveau reptilien n’est pas le seul, nous avons aussi un système limbique, un néocortex à découvrir et à développer, face aux agressions.

Il est bon de se rappeler, qu’en temps de guerre, peu de temps avant d’être exécutée, une jeune femme pouvait écrire :

« Travailler à soi-même, ce n’est pas faire preuve d’individualisme morbide. Si la paix s’installe un jour, elle ne pourra être authentique que si chaque individu fait d’abord la paix en lui-même, extirpe tout sentiment de haine pour quelque race ou quelque peuple que ce soit, ou bien domine cette haine et la change en autre chose, peut-être même à la longue en amour – ou est-ce trop demander ? » (Etty Hillesum)

Est-ce trop demander : rire avant de méditer et d’agir, méditer et agir avant de rire ? C’est là une pratique très ancienne, pour ne pas se prendre trop au sérieux, éviter en tout cas les tristes ricanements des supposés savoirs » qui ne font rien, même pas prier ou méditer ; ce qui orienterait leurs énergies vers une issue non destructrice des uns et des autres, un « cessez le feu » si ce n’est une réconciliation possible ?

 

Crédit photo © Jean-Yves Leloup