« Né pour mourir ? »

J’ai longtemps cru que nous étions nés pour mourir…
Et tout me donnait raison, l’observation du monde environnant, de mes proches vite disparus, les lois de la thermodynamique, divers effondrements, climatiques, économiques, politiques et autres, plus personnels…

Ceci étant observé, que faire ?
Se soumettre à la fatalité ?
Accepter l’inacceptable ?

Mais qui nous dit que cela est inacceptable ?

Nous n’avons rien d’autre à accepter que la mort, nul autre destin que celui de nous y soumettre.

Obéir à la nature, c’est obéir à la mort ; y a-t-il autre chose que la nature ?
Le créateur de la nature ? Une plus haute nature de laquelle nous dépendons, d’une mort plus vaste où s’engouffrent toutes nos petites morts ?

Seuls ceux qui « aiment » la mort, la respectent, lui résistent, ceux qui renoncent à subir la mort mais qui la choisissent de plein fouet et en toute innocence, sans rien en attendre, peuvent la vaincre et cesser de la craindre.

Si seul « l’amour est plus fort que la mort » comme le proclame un crucifié, un enterré, un vraiment mort, ce ressuscité qui hante la colline aux pamplemousses en Galilée, alors j’avoue que je me suis trompé : nous ne sommes pas nés seulement pour mourir, même si cela n’empêche pas la mort, nous sommes nés pour aimer, même si nous n’avons rien d’autres à aimer que la mort.

L’amour ne fait pas plus de bruit que le sourire d’un nouveau-né sous les décombres.
Mais qui a des oreilles pour l’entendre?
Qui a le cœur assez profond pour accepter de ne pas comprendre et d’aimer davantage ?
Celui-là « sait » comme le disait Spinoza « que nous sommes éternels. »

Jean-Yves Leloup, avril 2026

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