
« L’absurde et la grâce »
Est-ce la situation du monde aujourd’hui qui réveille en moi ce traumatisme d’enfant :
Mon petit camarade d’école écrasé par un camion alors que nous jouions à cloche-pied entre le trottoir et le caniveau ?
J’étais sur le trottoir, il était dans le caniveau. La minute d’après, cela aurait pu être mon tour : moi dans le caniveau fauché par le camion, lui sur le trottoir, survivant horrifié de l’« accident ».
Je me souviens aussi du parfum des roses sur le mur qui enveloppait les traces de son sang et le flot de mes larmes. Dans le même instant : l’absurde et la grâce, l’absurde d’être là, et la grâce d’être là.
La vie qui fleurit sans pourquoi, qui nous enivre de son parfum et nous déchire avec ses épines…
La même question sans réponse :
La joie qui ne tarit pas les larmes et n’efface pas le sang, le sang et les larmes qui n’en finissent pas d’écraser la joie, sans jamais parvenir à la vaincre.
Les cerisiers sont en fleurs.
La pluie tombe sur Hiroshima.
Jean-Yves Leloup, Février 2026
Photo©Catherine Arto
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