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Editions: Albin Michel
Date:octobre 1998
Mots clés:,

Sectes, églises et religions

 

A

ujourd’hui, ceux qui se disent inspirés, habités par l’Esprit ou des esprits, ou encore mus par des « énergies » ou des « forces » qui les transcendent, ne manquent pas. Ces « esprits » qui leur parlent et les enseignent leur demandent parfois  d’enseigner eux aussi, d’écrire, de parler, de guérir… Qui sont ces « esprits » ? Esprits de défunts ? Des anges ? Des entités ? Il faudrait en même temps se demander qui sont ces personnes qui parlent et qui transmettent ces paroles. Quelle est leur histoire ? Leur mémoire ?

Dans quel   état est leur esprit à eux ? Parfois les entités se nomment, et les « véhicules », « canaux » ou « channels » diront : « Attention, ce n’est plus moi qui parle, c’est Untel. C’est l’ange, c’est la Vierge Marie, c’est le Christ ou bien Dieu lui-même », conférant ainsi à ce qui est dit une autorité spirituelle, angélique ou divine… Ces paroles transmises avec foi et conviction rencontreront l’étonnement, l’émerveillement et l’adhésion d’un certain nombre d’auditeurs, comme elles rencontreront parfois le jugement et la condamnation d’autres auditeurs qui ne verront dans tout cela que des manifestations dangereuses,   inutiles, voire démoniaques. Ces messages venus d’ailleurs rencontreront également le scepticisme et   seront considérés comme des « remontées d’un inconscient » plus ou moins encombré ou mal exploré ; on parlera alors de « bouffées délirantes »,   symptômes de mal-être dans une histoire particulière ou plus largement de « malaise dans la civilisation ».   Reste à trouver une attitude qui ne soit ni adhésion aveugle, ni condamnation tout aussi aveugle, ni encore l’ironie facile et humiliante des clercs   psychanalystes ou théologiens. « La voie du milieu », de l’entre-trois-dires   (là où précisément se trouve le sujet qui écoute, entre le dire du conscient   et celui de l’inconscient ; ce troisième demeure l’inconnu dont les deux   premiers dires tentent d’être les témoins), cet entre-trois ne pourra être que le centre d’une interrogation honnête ou d’une foi qui cherche à   comprendre, une foi incrédule qui n’est pas prête à croire n’importe qui ou n’importe quoi sans examen, mais qui ne fait pas non plus du doute incessant   son absolu. Il y a des choses qu’on ne peut pas comprendre que parce que d’abord   on y croit, il faut aimer ce qu’on cherche à comprendre.   L’interrogation, cela suppose en premier lieu la reconnaissance des faits sur   lesquels on s’interroge et la reconnaissance que ces faits ne sont pas si   nouveaux et se manifestent régulièrement dans l’histoire. Il s’agira de   considérer ensuite l’interprétation que l’on donne de ces faits, parce que là est sans doute le problème, interpréter ou ne pas interpréter, « là et la question », là est aussi notre liberté. L’examen des faits et de leurs interprétations ne dit pas encore s’il s’agit   de vrais ou de faux prophètes, de vrais ou de faux mystiques, d’authentiques médiums ou d’authentiques charlatans. Il n’est pas dit non plus si ces « enseignements » sont de réels messages et signes pour notre temps, espérance   d’un monde meilleur, d’une nouvelle vie, ou illusions, fantasmes, messages et   signes d’un triste temps, d’une époque malade, d’un cycle qui touche à sa   fin.   Pour trouver quelques éléments de discernement, il ne sera pas vain de faire   appel aux recherches de la psychologie contemporaine et à la sagesse des   grandes traditions spirituelles de l’humanité. Les faits. Depuis les temps les plus reculés, des hommes et des femmes disent recevoir   des signes ou des messages de puissances transcendantes. En Inde, on les   appelle des rishis, des voyants. Dans les traditions sémitiques, on les   appelle des nabis, des inspirés ou des prophètes. Les uns et les autres disent que ce qu’ils savent, ils ne l’ont pas acquis ; il ne s’agit pas d’une connaissance, fruit de leurs études et de leurs   investigations ; cette connaissance leur est venue d’en haut ou de la   profondeur, ils l’ont reçue d’une plus haute conscience ; elle leur a été donnée gratuitement, révélée. On parlera effectivement alors de Révélation.   Qu’est-ce à dire ? Selon Tresmontant, le mot français révélation est un   simple décalque du latin revelatio, qui se rattache au verbe revelo,   revelare, lequel signifie : ôter le voile, le velum, découvrir. Ce mot latin   revelatio traduit le grec apokalypsis qui signifie : action de découvrir, et se rattache au verbe apokalyptô qui signifie : découvrir, dévoiler. En grec,   le kalymma, c’est ce qui sert à couvrir, le voile, l’écorce. Kalyptô signifie   couvrir, envelopper, cacher. Apokalyptô, dans la version grecque de la   bibliothèque hébraïque, traduit le verbe hébreu galah qui signifie aussi :   découvrir, dévoiler.   Voici ce que disait le prophète Amos au VIIIe siècle avant notre ère : « Il   ne fait rien, le seigneur YHWH, il ne fait aucune chose sans qu’il révèle   (galah) son secret (sôdô) à ses serviteurs les prophètes » (Amos 3, 7).   Selon la pensée biblique, l’histoire humaine, c’est la création qui se   continue dans l’homme et avec l’homme. La création de l’homme est une étape   dans l’histoire de la création. Et cette création de l’homme n’est pas   achevée dès le commencement. L’histoire humaine est celle d’une genèse   orientée vers un terme.   Dans l’histoire de la création de l’humanité, il existe un moment qui   constitue une étape nouvelle dans cette genèse, c’est la création d’un peuple   qui a une fonction germinale pour l’ensemble de l’humanité à venir. Israël   n’est pas un peuple choisi parmi d’autres peuples préexistants. Israël est le   commencement, le germe d’une « humanité nouvelle », ou qui se considère comme   telle, et on verra que c’est un phénomène qui se produit souvent : une   Révélation donnée à un homme ou à un groupe avec l’espérance que de ce groupe   particulier naisse un monde nouveau.