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Une femme étrange

Je me souviens de cette femme étrange (qu’on appelait autrefois une moniale), qui me disait « Toi qui ne veut être qu’un corps, accorde-moi de prier pour la santé de ton âme et de ton esprit »

Évidemment, je ne comprenais rien à ce genre de discours, même si la femme était particulièrement jolie, je ne pouvais la considérer que comme un peu folle ou dérangée. Il n’y avait alors pour moi que santé du corps ; parler d’une santé ou d’un salut de l’âme et de l’esprit me semblait une extrapolation délirante.

Il m’a suffit d’être gravement malade, un peu plus que malade et de connaître si ce ‘est une mort clinique, un coma profond, pour comprendre que la croyance dans l’existence du corps était tout aussi délirante. Être attaché à ce qui ne peut pas ne pas mourir, n’est-ce pas être attaché à une illusion ? On peut choisir ses illusions, pourquoi pas ? Je ne dirais jamais que le corps est mauvais mais je ne peux plus nier qu’il soit mortel et que plutôt d’entretenir à grand frais une telle illusion, je me soucierai davantage de la santé de mon âme et de mon esprit…

Elle me disait encore : « Toi aussi, mon vieux, tu as une âme immortelle ! »  Elle me disait cela avec le ton et l’accent d’une péripatéticienne qui n’a jamais fréquentée l’Olympe.

Cela me faisait « mourir de rire », avant que je ne meure de mort ou de maladie.

« Toi aussi, tu as une âme immortelle… », tu as une vie intérieure, plus profonde, plus vaste que toute vie mortelle. Pourquoi t’en priver ? Te castrer du meilleur ; du meilleur de toi-même : ce qui en toi déborde et contient le temps qui passe ?

N’oublie pas ta dimension céleste, sans laquelle ta dimension terrestre n’a pas de sens, tu serais sans « Toit » et sans Toi. « Alors, à quoi bon vivre sans autre que soi… » ?

Cette femme étrange, avait un beau visage de Joconde ou de Sophia, son sourire sortait du cadre des conventions, elle respectait mal les règles de sécurité, d’âme à âme il n’y a pas de distances, l’espace et le silence répondent à l’espace et au silence…Vidées de leurs vieilles eaux, elles chantent bien ensemble, les cruches que nous sommes…

 

 Jean-Yves Leloup .14 mai 2021

 

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