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Noël

Où commence le ciel, où finit la terre, dans un regard d’enfant ?

Noël, est-ce la fête de la dinde ou de l’incarnation ?

Des sapins multicolores ou de l’étable nue ?

Faut-il célébrer la fête par le vide ou par le cotillon ?

S’interroger ainsi, c’est de nouveau se prendre aux pièges des dualismes et des culpabilisations, alors que Noël est la fête « non duelle » par excellence : en Jésus enfant, Dieu et l’homme ne sont pas ennemis ou concurrents, ils demeurent inséparables.

Noël nous rappelle qu’il n’y a pas d’homme véritable (entier) sans ouverture à la Transcendance, qu’il n’y a pas de Dieu vivant sans incarnation qui en témoigne. Il fallait bien, pour célébrer cet instant de noces, un nouveau calendrier, l’inauguration d’un nouveau temps, un temps plus que réversible : poreux, capable de demeurer ouvert au non-temps de l’Éternel.

Où commence le ciel, où finit la terre, dans un regard d’enfants ?

Dieu n’est plus à chercher au-delà des astres. Dieu est au cœur de l’homme ; Dieu est sur la paille…

Dieu sur la paille ? Comment en est-il arrivé là ?

Pour trouver la grande cause d’aussi grands effets, comme dans les romans, il faut chercher la femme…

« Toutes les questions spirituelles, éternelles et charnelles gravitent autour d’un point central auquel je ne cesse de penser et qui est la clé de toute ma religion : ce point, c’est Marie », disait l’inspecteur Charles Péguy.

Marie, la femme, la voici, la coupable immaculée, c’est elle qui a dit « oui », son fiat inaugure l’étreinte incertaine du Dieu « qui Est ce qu’Il Est » et de notre lourde et légère humanité…

Le fini et l’infini, le créé et l’incréé, la forme et le sans-forme ne peuvent plus être séparés.

Cela ne s’est pas passé « autrefois », l’incarnation continue… Quelque chose en nous, de bon, d’innocent, d’immaculé, continue de dire « oui » à l’incompréhensible Amour…

L’homme est capable de tous les crimes, il est aussi « capable de Dieu », « capax dei », ce beau vieux nom donné à Adam.

A Noël, nous pouvons nous souvenir de cela, faire mémoire de cette terre-nuit, ouverte au germe des lumières, faire mémoire de toi, Marie, avec tes yeux noirs, avec ton sang qui a toutes les couleurs du sang…et puis marcher à dos d’âne vers l’étable où vont tous les êtres, vers l’étable où se forge dans les étincelles du temps l’espace d’un enfant éternel.