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L’apocalypse est exactement le contraire d’une catastrophe…

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Fig. 4 : Les quatre Cavaliers
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qui contient l’histoire sans l’enfermer  (sans l’enfermer dans ses vanités et ses puissances toujours menacées d’effondrement), qui la garde ouverte à ce qui demeure toujours plus vaste, toujours caché dans son évidence même13 ››. Qu’entendez-vous par « phénoménologie de l’Esprit ›› et en quoi change-t-elle notre lecture du texte de l’Apocalypse et des catastrophes qui y sont évoquées ?

J.-Y. L.: Étymologiquement, «phénoménologie ›› veut dire écoute du «dire» (logos) des phénomènes, sans interprétation rationnelle ou psychologique. La phénoménologie, dès lors, sauve le phénomène car elle le sauve des interprétations hâtives de celui qui l’accueille ou le subit: dire le phénomène sans l’interpréter, c’est revenir a la chose même qui n’est pas |’objet perçu mais l’émotion (la rencontre) qu’elle provoque chez celui qui l’éprouve. L’Apocalypse est une phénoménologie de l’Esprit dans le sens où le phénomène éprouvé par Jean, |’apparaître au cœur de |’apparition catastrophique, se révèle être l’Esprit (pneuma), le souffle de vie qui reste quand tout s’est effondré. C’est une présence qui se révèle jusque dans les apparences, tout en demeurant cachée. ll y a parfois, cependant, des moments de transparence, jusqu’à ces moments de déchirure, où on ne peut plus penser, ou on n’est plus dans la rationalité, dans le psychisme, ou on est dans le kairos, dans |’instant, dans ce qui nous fait communiquer avec l’Éternel.

 

 

 

 

 

 13. L’Apocalypse de Jean, p. 20.

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 Fig. 5 :Les quatre Vivants
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On entre dans l’ouvert. J’aime bien dire qu’on a le choix entre l’enfer et l’ouvert. L’enfer, C’est l’enferme

ment dans le moi: dans le moi physique – on s’identifie à son corps ; dans le moi psychique – on s’identifie à sa pensée, a ses croyances, à ses idées. Le drame de l’homme contemporain, c’est l’enfermement dans son être pour la mort, c’est de croire qu’il n’y a que ce niveau de réalité et que ce niveau de réalité est toute la réalité. Comment avoir le regard non arrêté par ce que l’on voit? Comment avoir l’intelligence non arrêtée par ce qu’on sait? Comment avoir le cœur non arrêté par ce qu’on aime? Comment avoir la foi non arrêtée par ce qu’on croit? ll s’agit de retrouver la transparence des mots, des couleurs, des images, d’entrer dans ce regard non arrêté, alors on entre dans l’infini. C’est la différence entre l’idole et l’icône. L’idole nous remplit les yeux, nous bouche les yeux, tout comme |’icône, tout comme l’enluminure, nous ouvrent les yeux : le regard est non arrêté par ce qu’on voit et, justement, toute la beauté d’une icône ou d’une enluminure, c’est de renvoyer à la lumière qui demeure cachée dans ce qui apparaît.

J.-L. L.: Oui, et en cela la technique et le savoir ne sont rien tant qu’il n’y a pas rupture en soi-même car cette rupture nous permet d’accéder à cette lumière unique cachée qui est toujours là. En tant qu’enlumineur, j’ai accès à cette lumière et je la transmets. C’est la raison pour laquelle je pose l’or en premier lorsque j’enlumine14, pour donner la lumière. Pour que l’or brille, il faut qu’il soit en germe des le premier point de géométrie.

Sa lumière unique sera par la suite diffractée en couleurs sur le parchemin puis en formes et en images, jusque dans les images les plus violentes.

 

14. La poudre d’or, en hébreu, signifie « lumière ››, et enluminer.

du latin illuminare, veut dire, littéralement: donner la lumière