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« La colère est un état d’aliénation où l’on ne se possède pas soi-même »

J-Y.L. La douceur est importante, car la colère est un état d’aliénation où l’on ne se possède pas soi-même, on n’est pas dans l’action mais dans la réaction. La douceur nous ramène dans le présent, dans la relation attentive avec ce qui est. Jésus ne dit pas  « Apprenez de moi la vérité et l’amour », qui sont de grandes qualités, mais la douceur et l’humilité. La douceur, c’est l’amour en acte. Il faut apprendre à intégrer cette douceur à l’intérieur de nous, à tous les niveaux : c’est important de vivre plus doucement, ce qui ne signifie pas plus lentement. La douceur nous renvoie à l’éloge de la caresse : les rabbins dans le Talmud disent que le texte est « à caresser ». Il ne s’agit pas de chercher à avoir raison ni à comprendre. La caresse permet à l’autre d’exister et de se donner, elle permet aux textes, aux écritures sacrées, de se révéler. En regardant l’actualité, nous sommes agressés par ce temps sans recul, il nous faudrait regarder doucement les choses.

Comment les Pères du désert nous y aident-ils ?

J-Y.L. Ces êtres ont vécu la solitude, toutes les violences du monde, à l’intérieur d’eux-mêmes. Ces états de colère, de révolte, ne leur sont pas épargnés. Pour sur­vivre à cela, on retrouve la méthode: methodos. Il s’agit non pas de nier la mort dans notre vie, mais de ne pas fuir. Observons comment nous pouvons, non pas changer les événements, mais transformer notre regard sur ces derniers. Se dire « c’est ainsi » permet d’être dans l’acceptation pour traverser les choses.

  « Il s’agit non pas de nier la mort dans notre vie, mais de ne pas fuir.
Observons comment nous pouvons, non pas changer les événements,
mais notre regard sur ces derniers.»

Comment adhérer à cette nouvelle réalité ?

J-Y.L. Par ce que j’appelle la « médi-action ». Méditer ne suffit pas, agir ne suffit pas. Il faut que l’action soit éclai­rée par la méditation, le silence, et découvrir combien celui-ci est fécond. Je me suis rendu compte qu’il n’y a pas d’acte juste en lui-même, je ne connais que des actes qui s’ajustent. Chaque situation est unique, il faut trouver l’acte qui s’ajuste, et l’enraciner dans un lieu de nous-même que j’appelle le cœur. Car une vie qui n’a pas de sens est une vie qui n’a pas de centre. Le défi dans les jours à venir, avec la crise que nous traver­sons, est de demeurer centré dans le cœur intelligent.

De quoi s’agit-il ?

J-Y.L. C’est un sentiment d’amour qui n’est pas séparé de la lumière. Aujourd’hui, on parle beaucoup de l’homme augmenté ; je parlerais d’une conscience augmentée par l’amour. Il ne faut surtout pas opposer l’un et l’autre. Tenir ensemble la vérité et l’amour, tenir ensemble la méditation et l’action : c’est vers cette direction que nous devons aller. La metanoïa, c’est aller au-delà de la pensée, entrer dans la conscience qui peut être celle du cœur, et qui donne une vie centrée où tout a du sens.

Qu’en est-il de votre pratique ?

J-Y.L. Aujourd’hui, j’essaye d’accorder mon souffle, ma respiration, ma voix en y introduisant la conscience, celle du Christ. Quand j’écris, je soigne quelqu’un, j’essaye de le faire dans la conscience de ce souffle en moi qui invoque le nom du Père. La lumière n’est pas la propriété des bouddhistes, l’amour n’est pas celle des chrétiens, la conscience est en chaque être. Nous constituons une somme de participations relatives et infinies à un être absolu et chacun doit vivre sa part. On sent que l’on est heureux quand on est juste, quand on est bien aligné.

Que vous a apporté la fréquentation des Écritures ?

J-Y.L. C’est ce qui me met en contact avec l’informa­tion créatrice. Il y a pour moi trois grands livres : la nature, les Écritures et le cœur. Ce qui me parle dans la nature est la même chose que ce que je trouve dans les Écritures: cela nous dit que nous sommes aimés. Nous devons nous réjouir ensemble d’exister, à travers des rituels, des célébrations. Car les temps difficiles comme aujourd’hui demandent un surcroît de conscience et d’amour, une plus grande attention à la présence, à la vie, pour accueillir et caresser cette dimension de lumière.

Interview Aurélie Godefroy

Publié le 13/01/2021

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