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Écouter, voir

Il s’agit de voir toutes choses à partir de notre expérience fondatrice, de notre naissance consciente. Pour moi, vous le savez, ce fut une mort clinique à Istanbul/Constantinople. J’ai pu dire après cela, que l’électroencéphalogramme plat, la mort du corps est une ouverture à une Vie plus vaste, pure lumière, pure présence : Ain sof, sans limites.

Il faut mourir pour savoir que la mort n’existe pas, c’est un moment de passage de notre être « mondain », superficiel, temporel, mortel, à notre être profond, atemporel, non mortel. Si après avoir vécu cela, on revient dans cet être superficiel, mondain, temporel, mortel et qu’on garde la mémoire de cet être profond, atemporel, non mortel, que faire ? Sinon partager cette lumière, cette vastitude, qu’on tentera en vain de nommer et que l’histoire de tous ceux qui ont vécu cela tentent pourtant de nommer : la Grâce, l’Amour, la Vie, la Conscience, la Présence, avec chaque fois une majuscule.

Ce n’est plus le jour « dies » mais le jour « Dies » : Dieu.
Tant de personnes meurent avant d’avoir vu le jour.

Pour moi, la méditation est une invitation à voir le jour avant de mourir.

Pour voir le jour, il suffit d’ouvrir les yeux à l’évidence de l’invisible, chacun « le voit sans le voir », il est la lumière dans laquelle toutes choses apparaissent et deviennent visibles.

Y-a-t-il autre chose à dire : « ouvrez les yeux ?»

Voyez le jour qu’il fait depuis longtemps, rendez grâce au jour, remerciez-le,

Bénissez-le.

Il fait beau, il fait Dieu

Appelez-le « Brahman » ou « Tao » ou…

Appelez ce qui vous a déjà depuis toujours répondu :

« Écoutez, voir ! »

Il ne s’agit pas de nier le bruit, la politique, la souffrance, l’injustice, le monde tel qu’il nous apparaît aujourd’hui, mais de voir aussi l’Invisible, le Silencieux, la Présence pure et simple qui les contient, puisque c’est ce qui restera, ce qui ne passera pas quand tout sera passé. Il n’y a là ni mépris ni indifférence à l’égard du monde, mais une plus vaste lucidité qui nous rend libre de tout parti pris, de toute identification et de tout jugement.

Il n’est pas nécessaire de vivre une mort clinique pour comprendre cela. Mais si on l’a vécu, on ne peut plus se mentir, se raconter des histoires, se jeter les uns aux autres de la poudre aux yeux pour se dérober à « cette obscure clarté qui tombe des étoiles… »

Jean-Yves Leloup – février 2022