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Décapité

« Décapité ». Le mot résonne étrangement dans ma famille.

Louis Antoine Leloup, Anne sa femme, Claire Renée et Marie Perrine ses filles, furent décapités le 17 janvier 1794, au nom de la république et de la laïcité, parce que ceux-ci possédaient chez eux des « images » du Sacré-Cœur.

Comment des images (même pas des caricatures) peuvent-elles être ainsi l’occasion de crimes ? Au nom de quoi ? De la république ? De la raison ? De l’idéologie qui doit effacer toute image où l’homme est représenté avec un cœur ?

Faut-il rappeler que l’Etat laïc et républicain fut fondé à grands coups de guillotine ? Et il n’y a pas si longtemps dans les rues de Paris, certains manifestants ne se promenaient-ils pas la tête du Président (en image) sur des piques ?

La France est le peuple qui peut se vanter, non sans arrogance, d’avoir décapité une multitude d’êtres humains de tout âge et de tout milieu, son roi et sa reine et d’en avoir fait un grand spectacle plus cruel et absurde que tous les tweeters d’aujourd’hui.

Qu’on décapite au nom de la religion ou de la laïcité, pour des images pieuses ou pour des caricatures, ce sont toujours de beaux visages humains, des têtes innocentes qui tombent…

Ce n’est pas seulement contre la barbarie des islamistes ou celle des républicains laïcs et révolutionnaires qu’il faut lutter mais contre le fanatisme et la violence qui sont inscrits dans le cœur de l’homme, ou plus exactement dans son absence de cœur. C’est à des « cerveaux sur pattes » pleins de leurs raisonnements ou de leurs idéologies qu’il faut s’affronter.

L’obscurantisme des lumières est sans doute égal à l’obscurantisme des religions. Les uns comme les autres, au nom de la lumière, que ce soit celle de la raison ou celle de la foi, peuvent être des assassins du jour (Dies) et il fait nuit sur le monde.

Faut-il oser le dire, ne pas avoir peur de se faire traiter de demeuré ou de naïf : « les lumières » sans amour sont des lames d’acier qui glacent et qui tuent.

L’homme sans cœur, qu’il soit laïc ou religieux, quelque soit son idéologie est capable de tous les crimes. Mais avoir un cœur, n’est-ce pas trop demander à l’homme qui veut toujours avoir raison ?

L’homme qui a un cœur est un vrai Dieu, un Dieu incarné, une conscience qui a les pieds sur terre et qui garde la tête sur ses épaules.

Jean Yves Leloup