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A l’origine de l’Intercontinentale des consciences

On ne change pas le Réel, le Réel est à lui-même son propre changement et les réalités impermanentes en témoignent.

C’est la Conscience elle-même qui change ou échange les mots et les noms qui nous font parler d’elle, mais en elle-même la Conscience demeure. Elle est à elle-même le témoin de ses changements.

Quand nous parlons de conscience, de quelle conscience parlons-nous ?

En simplifiant, nous pourrions parler de trois formes de la Conscience Une :

- Conscience corporelle, sensible,

- Conscience affective,

- Conscience intellectuelle, qui correspondraient assez bien aux trois grandes stimulations que la Conscience opère dans notre cerveau :

- pré-frontal (néo-cortex),

- limbique (cerveau émotionnel),

- paléo-encéphale (cerveau reptilien), avec ce présupposé : c’est la Conscience qui informe et anime le corps et le cerveau en tant qu’organe du corps, ainsi que l’affectivité, l’émotion, la raison, l’intuition.

Présupposé qui pose la Conscience manifestée comme information et énergie.

Une « intercontinentale des consciences » qui prendrait en considération ces trois aires du Réel manifesté ou de la « conscience explicite » (cf. David Bohm) serait-elle possible ?

 

- Par une écologie humaine ; prendre soin du corps et de son environnement,
– une éthique de l’interrelation de toutes choses et donc de la responsabilité « de tous, pour tout. »
– Un éveil à différents niveaux de conscience, par l’étude et la contemplation.

- Conscience objective, égologique, écologique (science)

- Conscience subjective, éthique (philosophique)

- Conscience a-duelle, contemplative (philocalie, art, méditation).

L’exercice qui rassemble et incarne ces trois formes de conscience, c’est ce que nous appelons aujourd’hui la « méditation engagée ».

Nous méditons pour agir de façon juste et toute action qui ne s’enracine pas dans la méditation risque d’être erronée, coupée de ce « fond » de calme qui unifie tous les plans du Réel. Méditation et action ne sont pas séparées.

Le moment (Kairos) est peut-être venu de créer cette Intercontinentale des consciences qui rassemble hommes et femmes de tous pays et de toutes conditions, dans un reflexe de sauvegarde de l’humanité et de la planète à un moment où celle-ci se sent particulièrement menacée.
Le mot qui nous rassemble est « Conscience » plutôt que Dieu, Vie, Amour, mais en réalité, il n’en est pas séparé puisqu’il s’agit d’une Conscience de la Vie et de ce qui lui donne à chaque instant d’être ce qu’elle est.

 « La méditation engagée » est l’art d’explorer en chacun de nous cet espace de paix et de liberté qu’on peut appeler « l’Espace-Source », origine (archè) de toute conscience (logos) et de toute respiration (pneuma).

Cet espace infini est avant, entre, au-delà, de nos pensées, il est aussi avant l’inspir, après l’expir, Source de la Conscience, de la Vie et de l’Amour.

Nous reconnecter à cette Source et penser, désirer, agir à partir de cette Source, c’est en effet ce que j’appelle « méditation engagée ».

- Être attentif à cet espace d’où vient la pensée entre deux pensées.

- Être attentif à cet espace d’où vient et où va la Vie, entre deux souffles (inspir -expir)

- Remarquer qu’au moment où on éprouve cet espace, il y a paix (schalom, shanti, hesychia, quies) et joie, comme s’il y avait en nous un fond de béatitude, quelles que soient les pensées et les émotions qui s’agitent à la surface.

C’est ce fond sans fond que nous devons « goûter », « savourer » et transmettre, cette saveur et cette sagesse (sapienza vient du verbe sapere) sur tous les plans de l’existence, (niveaux de réalité ou de conscience), que l’on soit chrétien, musulman, juif, bouddhiste ou athée.
Certains rassemblements contemporains comme les « 24 h de méditation pour la planète » ne sont-elles pas les prémices de cette « Intercontinentale des consciences » ?

Comme le disent bien Nicolas Hulot et Edgar Morin :

« Nous traversons une crise écologique, économique, sociale et politique, mais en son cœur, c’est une crise de sens. Nous ne pouvons plus nous contenter d‘experts et d’expertises, il faut que la dimension éthique et spirituelle transcende nos débats… »

Un élan aussi fort qu’un instinct unit ce qu’il y a de plus intime dans une subjectivité à cette noosphère qui est le destin de l’humanité.

Noosphère qui n’est rien d’autre que le champ d’énergie, d’information et de conscience, qui précède de peu le champ ultime d’infini et de pur silence, dans lequel par la méditation engagée nous sommes plongés « consciemment ou inconsciemment ».

Patrice Van Eersel nous rappelle la « saga » de notre terrestre humanité vers cette noosphère (terme déjà employé par Vladimir Vernadsky et Teilhard de Chardin) :

« Sur une lithosphère (l’enveloppe de pierre de la Terre) est venue se greffer, il y a près de 4 milliards d’années, une biosphère (la vie), dont un rameau très récent, l’anthroposphère (l’humanité) a développé une technosphère (nos actes matériels), si vite que celle-ci, ignorant les lois du vivant, s’est retournée contre la biosphère, menaçant donc de tuer sa propre matrice. Une seule issue : qu’apparaisse une sphère de plus, une noosphère (conscience collective), capable de rendre la technosphère biophile, compatible avec le vivant. »[1]

[1] Clés N°99, P.46