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A l’origine de l’Intercontinentale des consciences

Après les attentats en France de 2015, Jean Yves Leloup a senti la nécessité de créer l’Intercontinentale des consciences ;  il sortait d’une suite de conférences à Bruxelles sur le prophète Jonas, prophète récalcitrant qui doit annoncer à « Ninive la grande ville » que, si elle continue à vivre ainsi dans la haine, l’injustice et la violence, elle sera bientôt détruite. Jonas surmonte ses peurs et annonce « la mauvaise nouvelle » à qui veut bien l’entendre. A sa grande surprise, la ville barbare change son mode de vie, sort de son inconscience et revient à l’essentiel. Grâce à sa « conscience de nouveau exercée » (à travers le jeûne et l’assise), elle ne sera pas détruite…

Méditant ainsi sur Jonas, Jean Yves Leloup put alors écrire dans son livre « le philosophe et le Djihadiste »[1] :

 « Depuis que le mot Dieu a quitté notre langage, celui-ci n’est plus qu’une cage vide, on l’a remplacé par le mot Rien, mais Rien ne chante pas, il n’a ni cœur ni ailes. La cage est deux fois vide, les mots ne disent plus rien. »

 « Le défaut, le manque, l’absence de Dieu (der fehl gottes) dont parle Hölderlin signifie qu’aucun dieu ne rassemble plus, visiblement et clairement, les hommes et les choses, ordonnant ainsi à partir d’un tel rassemblement l’histoire du monde et le séjour humain en cette histoire »[2].

 Commence alors la longue « nuit du monde », dont le forcené de Nietzsche, celui qui disait : « Dieu est mort, nous l’avons tué » a entrevu les ténèbres insondables. L’occident est sans nom, sans mot qui le rassemble.

Si le mot Dieu ne nous rassemble plus, quel est le mot ou le nom qui orientera notre désir commun pour en faire une histoire ? Quel est le mot qui pourrait fonder nos lois, sauvegarder nos libertés, fonder l’accès à une santé et à un bonheur durable, non seulement pour l’être humain, mais pour la planète et l’environnement où il lui est donné de vivre.

Au nom de quoi, au nom de qui, pourrions-nous donner notre vie ?

Je crois que le mot « Conscience » pourrait « parler » à l’homme d’orient comme à l’homme d’occident, au croyant comme à l’incroyant, au matérialiste athée comme au spiritualiste convaincu, au scientifique comme au poète.

Les avancées en neurosciences comme en physique quantique sont à ce point de vue intéressantes ; la conscience devient de plus en plus l’objet et l’énigme, en tout cas l’aiguillon qui stimule leurs recherches.La Conscience, à côté de ces investigations positives (quelque fois positivistes), a été aussi l’objet de soupçon. En effet, la Conscience a un inconscient (Freud) ou un supra-conscient (Aurobindo), qui serait comme sa « conscience cachée. »
La bibliothèque hébraïque parle d’un Deus Absconditus, « Dieu caché », et la théologie apophatique rappelle le caractère insaisissable, inaccessible de l’essence divine.
La trinité Deus absconditus, Deus Revelatus et Deus incarnatus se retrouverait dans une autre trilogie :

Conscience cachée (pure conscience, champ zéro)

Conscience manifestée (information, énergie)

Conscience incarnée (atomes, molécules, corps matière)

C’est toujours du Réel dont on parle et de ses différents niveaux de réalité, mais avec des mots, des noms différents. Parmi ces mots et ces noms, certains, par l’usage qui en a été fait, sont devenus des mots et des noms qui divisent ou qui excluent ; il faut alors en choisir d’autres qui rassemblent, harmonisent et orientent si nous voulons encore pour un peu de temps vivre ensemble.

[1] Livre où il relate son expérience avec le terroriste qui voulait faire sauter la « chapelle Sixtine », ed. Presse du Châtelet, 2016

[2] Cf. Martin Heidegger « Pourquoi des poètes » in Chemins qui ne mènent nulle part, p.323-355, ed. Gallimard.

 

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