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« Anthologie thématique »

L’œuvre de Jean-Yves Leloup étant devenu abondante et variée, de nombreuses personnes disent avoir du mal à s’y « retrouver », d’où la nécessité d’une sorte « d’Anthologie thématique » où les thèmes principaux de cette œuvre seraient abordés de façon courte et substantielle.

Ainsi des citations tirées de ses différents livres et conférences, accompagnées de photographies ou de peintures constitueront au fil des mois cette « anthologie thématique ».

 (Principales citations recueillies par Anne-Françoise Parisot)

Lettre-P

 

 

 

 

 

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Paix

Quelle est cette paix qu’appellent sur Jérusalem et sur le monde « ceux qui aiment » ?

Qu’ils soient paisibles eux-mêmes, c’est sans doute la première condition pour que se réalise déjà dans leur propre corps et leur propre esprit la paix qu’ils souhaitent à tous.

Le mot hébreu Shalom dérive d’une racine qui désigne le fait d’être intact, entier ; être en paix, c’est être « entier », nous ne sommes pas en paix parce que nous ne sommes pas entièrement là… Quelle est la partie de nous-même qui nous manque, oubliée ou refoulée – qu’est-ce qui nous empêche d’être en paix ?

On remarquera que lorsque nous sommes des amoureux, nous sommes davantage « entiers ». L’amour nous rassemble, rien ne nous manque plus alors en nous-même, tout est « tourné vers » l’autre.

Le commandement ou l’exercice (mitzvot) proposé par l’écriture est un exercice thérapeutique, dont le fruit est de nous faire « Un », corps, cœur et esprit, donc d’être heureux et en paix :

« Tu aimeras « Celui qui était, qui est qui et qui vient », de toutes tes forces, de tout ton cœur, de tout ton esprit et tu aimeras ton prochain, celui qui était, qui est et qui vient, comme toi-même, tel que tu étais, tel que tu es, tel que tu deviens… »

La paix embrasse tous les temps. Peut-on être en paix avec son présent, si on ne l’est pas avec son passé ? Peut-on être en paix avec « ce qui vient » si on n’est pas en paix avec son présent ?

Quand Jésus, dans l’Évangile, dit à quelqu’un Shalom, c’est vraiment un « salut », une guérison, quand il dit à la femme hémorroïsse : « Va en paix », il lui rend la santé. De la même façon, à ceux qui se sont égarés de diverses façons, quand il leur dit « va en paix », ils ont le cœur, le corps et l’esprit lavés de leur culpabilité, ils peuvent vraiment se remettre en route et voir « toutes choses nouvelles ».

Être en paix, ce n’est pas être béat et se croire vulnérable. Le don de la paix suppose une métanoÏa, une transformation de sa vie et de son mode d’être et de penser. Michée, Jérémie dénonçaient ainsi les faux prophètes qui n’ont que le mot « paix » à la bouche et l’ambition et autres volontés de puissance au cœur : « ils guérissent superficiellement la plaie de mon peuple en disant « paix, paix » et pourtant il n’est point de paix » (Jr 6, 14)

« Je vais faire couler sur Jérusalem la paix comme un fleuve… » En attendant, « bienheureux, les « artisans » de paix ». La paix est un « artisanat », ce n’est pas une industrie. La différence entre l’artisan et l’ouvrier, c’est que l’artisan réalise un objet, une œuvre dans son « entièreté », il y travaille du début à la fin. Ce qu’on vole à un ouvrier qui travaille à la chaîne, c’est l’accès à l’objet dans son entièreté.

Ainsi être « artisan » de paix, c’est essayer de vivre, ne serait-ce qu’une seule relation dans son entièreté, de la façon la plus vraie et paisible qui soit.

Jésus demande de faire la paix, et d’aimer le prochain, le plus proche, et non de faire la paix et d’aimer « L’humanité », « le monde ». Le mot paix, les discours sur la paix ne font pas de nous des « artisans de paix », mais des idéologues, des discoureurs, de prétentieux prétendants à la paix, « mais il n’y a pas de paix… ».

La question alors pour celui qui, à Jérusalem ou ailleurs, veut connaître le bonheur des artisans de paix, ce n’est plus : « Qu’est-ce que la paix ? » mais : « Qui est mon prochain ? ». Il suffit alors d’avoir des yeux et de « voir » quelle relation très concrète il nous faut « apaiser », comprendre et « réconcilier »…

Cela commence sans doute en nous-même. Tant que nous n’aurons pas fait la paix entre nos différents quartiers (tête-cœur-vente), il n’y aura pas de paix entre les différents quartiers de Jérusalem.

« Trouve la paix intérieure, disait saint Séraphin de Sarov, et une multitude sera sauvée à tes côtés. »

C’est par la plus proche qu’il s’agit toujours de commencer, c’est le premier pas de tous les chemins qui conduisent à la paix. Le calme des arbres secoués par la tempête étonne une forêt de calme.

Dictionnaire amoureux de Jérusalem, P.628-631

 

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Prière du cœur

 

En 313, l’Edit de Milan proclame la paix et offre à la chrétienté un statut légal.

L’Eglise entre dans l’histoire, mais elle demeure habitée par des hommes qui se sentent à l’étroit dans ce monde et veulent déployer leur infinie capacité d’amour au-delà des frontières de l’espace et du temps. Anticipée par les ermites d’Egypte, une réaction violente s’oppose au conformisme de l’Empire de Constantin, trop rapidement proclamé chrétien. Au baptême du sang des martyrs va succéder le baptême de l’ascèse…

…Ces hommes, qu’on appellera plus tard les « pères du désert » sont les ancêtres des hésychastes, dont la tradition, du IVe siècle jusqu’à nos jours, demeure ininterrompue.

On a trop souvent donné à l’hésychasme un sens historique trop restreint, réservant l’appellation d’hésychastes aux mystiques byzantins du XIVe siècle, alors que le mot est déjà bien établi comme terme technique dans la première moitié du VIIe siècle.

…Qu’est-ce que l’hésychasme ? Ce terme, en langue byzantine, désigne un système de spiritualité ayant pour principe l’excellence, voire la nécessité de l’hésychia. Hésychia veut dire : tranquillité, silence, quiétude…

…C’est dans ces milieux (hommes et femmes retirés dans le désert) que s’élaboreront petit à petit les techniques d’oraison et plus particulièrement la prière du cœur – ou prière à Jésus – considérée encore aujourd’hui comme l’ « âme de la spiritualité orientale. »

Cette tradition spirituelle a eu ses foyers de vie principaux dans les monastères du Sinaï à partir du VIe siècle et du Mont Athos, surtout au XIVe siècle avec Grégoire Palamas…

Depuis la fin du XVIIIe siècle, la « prière du cœur » s’est répandue en dehors des monastères grâce à la Philocalie publiée en 1782, par un moine grec, Nicodème l’Hagiorite, et éditée en russe peu après par Païsi Velitchkovsky… Les Récits du Pèlerin russe (fin du XIXe siècle), traduits en français en 1945 par Jean Gauvain et la présence d’Eglises de la diaspora l’ont fait mieux connaître en Occident…

…Il ne faudrait pas, par exemple, opposer la prière du cœur et la prière liturgique. Ce sont deux voies différentes qui poursuivent le même but : l’union au Dieu Jésus-Christ…

Ecrits sur l’Hésychasme, p.161/164